Burkina/Transition énergétique : La FAO et l’ONUDI restituent leurs travaux conjoints sur la cuisson propre

14 avril 2026 · Bilge Seneroglu

Article initialement publié sur LeFaso.net, écrit par Fredo Bassolé.

L’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et l’Organisation des Nations unies pour le développement industriel (ONUDI) ont organisé conjointement, ce vendredi 27 mars 2026 à Ouagadougou, un atelier de restitution consacré aux activités menées dans le cadre de leur projet pilote sur la cuisson propre au Burkina Faso. Réunissant représentants des ministères, partenaires financiers, secteur privé, centres de recherche et société civile, la rencontre a été placée sous les auspices du directeur général de l’énergie, Dr Alidou Koutou.

Le contexte est connu mais demeure alarmant. Comme l’a rappelé le représentant de la FAO, Ernest-Moïse Mushekuru, plus de 80 % de l’énergie domestique dans la sous-région restent fournis par le bois-énergie et le charbon de bois, selon les données de la Commission de l’Union africaine. Une dépendance qui pèse lourdement sur les ressources forestières, alimente les émissions de gaz à effet de serre et expose les ménages à de sérieux risques sanitaires.

Une vue partielle des participants

Le directeur général de l’Énergie, Dr Alidou Koutou, a rappelé pour sa part les trois dimensions de ce défi qui sont environnementale, avec une déforestation préoccupante ; sanitaire, avec les fumées nocives qui dégradent la santé des populations, notamment des femmes et des enfants ; et socioéconomique, car la collecte et la production de bois-énergie mobilisent une main-d’œuvre souvent informelle et précaire.
« Faire progresser la transition vers des solutions de cuisson plus propre n’est pas seulement une nécessité technique. C’est une priorité stratégique au croisement de la santé publique, de la protection de l’environnement, de la résilience économique et de l’équité sociale », a affirmé le représentant de la FAO à l’ouverture des travaux.

Dr Alidou Koutou, directeur général de l’énergie

Un projet pilote intégré

Conduit conjointement par la FAO et l’ONUDI, sous le leadership des ministères burkinabè de l’Énergie et de l’Agriculture, ce projet pilote doté d’un budget d’environ 141 500 000 francs CFA a adopté une approche intégrée.
Du côté de la FAO, les activités ont porté sur une cartographie complète des solutions de cuisson propres existantes au Burkina Faso, couvrant les ménages et les petites et moyennes entreprises, en intégrant une perspective sensible au genre. Les régions du Guiriko et de Bankuy ont constitué les principales zones d’intervention, complétées par des contacts sur le reste du territoire afin d’élargir la base de données.

Selon la représentante pays de l’ONUDI, Oureratou Ouédraogo, l’organisation de son côté, a conduit deux activités majeures. En premier lieu, une étude de faisabilité pour identifier des combustibles alternatifs propres tels que le biogaz, le charbon écologique, les pellets, le bioéthanol ; et cartographier les acteurs de ces chaînes de valeur. En second lieu, l’agence onusienne a élaboré une stratégie nationale de changement de comportement accompagnée d’un plan de communication, afin d’encourager l’adoption de ces nouvelles technologies par les ménages et les entreprises.

Oureratou Ouédraogo, représentante pays de l’ONUDI

Des entrepreneurs burkinabè connectés à l’international

Toujours selon Oureratou Ouédraogo, l’un des temps forts du projet a été l’organisation d’un atelier d’accompagnement entrepreneurial. Sur plus de 80 dossiers déposés par des acteurs du secteur des énergies alternatives, 21 entreprises burkinabè ont été sélectionnées et accompagnées dans l’élaboration de plans d’affaires. Ces entrepreneurs ont ensuite été mis en relation avec des homologues venus du Mali et d’Afrique du Sud, favorisant un transfert de technologies et de compétences autour de la cuisson propre.
Des institutions de financement ont également été associées à cette démarche, afin de faciliter l’accès aux ressources nécessaires au passage à l’échelle.

« Il y avait une forte demande. Cela veut dire que le besoin est là », a souligné la représentante pays de l’ONUDI au Burkina Faso, se félicitant de l’intérêt manifesté par le tissu entrepreneurial local.
Parmi les initiatives en cours d’accompagnement figure un partenariat avec Faso Attiéké autour de la production de bioéthanol, issu de la transformation des déchets agricoles. Une filière qui illustre concrètement la vision portée par le projet qui est d’articuler transition énergétique et valorisation des chaînes de valeur agricoles locales.

Les participants ont posé pour la postérité

Vers une stratégie nationale de cuisson propre

Le directeur général de l’énergie a formulé des recommandations s’articulant autour de trois axes prioritaires identifiés. Le premier axe porte sur la professionnalisation de la chaîne de valeur à travers la transformation d’un secteur encore largement informel en moteur de croissance créateur d’emplois durables, en priorité pour les femmes et les jeunes.

Le deuxième axe, selon Dr Alidou Koutou, concerne l’intégration des résultats dans les politiques publiques. « Les enseignements du projet pilote doivent nourrir l’élaboration d’une stratégie nationale de cuisson propre portée par le ministère de l’Énergie, des Mines et des Carrières, en cohérence avec les autres politiques énergétiques et environnementales du pays », a-t-il déclaré.

Le troisième axe vise la mobilisation des investissements et des partenariats, en identifiant des projets bancables capables d’attirer des financements publics et privés pour un déploiement rapide à grande échelle.
« Aucune transition énergétique ne peut réussir sans un engagement fort des partenaires techniques, du secteur privé et des collectivités locales », a insisté le directeur général de l’Énergie.

Ernest-Moïse Mushekuru, représentant pays de la FAO au Burkina Faso

Un appel à faire de la cuisson propre une priorité nationale

La FAO et l’ONUDI ont réaffirmé leur engagement à accompagner le Burkina Faso dans cette transition, soulignant que l’atteinte de l’ODD 7 portant sur l’accès universel à une énergie propre et abordable d’ici 2030 implique d’accélérer le déploiement des alternatives énergétiques.
Pour la représentante de l’ONUDI, l’enjeu dépasse la seule question énergétique. « Si on arrive à trouver une solution durable à la cuisson propre, ce sera la voie vers le développement durable du Burkina, parce que tout se fait avec l’énergie. »

Le chargé de programme de la FAO, Ibrahim Patingde Alassane Ouédraogo, a pour sa part insisté sur la dimension environnementale : « Si nous préservons le peu qu’il reste en termes de couvert végétal, nous pourrons mieux faire face aux effets des changements climatiques. »

Au cours de cet atelier de restitution, les participants auront droit à des sessions thématiques. Les résultats et recommandations issus de ces travaux conjoints seront directement versés au processus d’élaboration de la future stratégie nationale de cuisson propre du Burkina Faso.

Source : LeFaso.net – Fredo Bassolé
Lien vers l’article original : https://lefaso.net/spip.php?article145322